En pleine mode des experts plus ou moins auto-proclamés et massivement convoqués dans les médias pour expliquer au bon peuple ce qu'il doit penser... il n'y avait pas de raison pour que le blog des TZR ne suive pas le mouvement ;-)
Aujourd'hui donc le journaliste-vedette Pouv a réuni pour une table ronde équilibrée et objective deux personnalités incontestables puisque justement membres de la noble et fermée caste des "experts". A savoir : Charles Max, enseignant de base, et Christophe Barbier, blablateur universaliste. Le débat du jour, la grève des enseignants.
- Pouv : Mesdames messieurs bonjour, mon premier invité est Charles Max. Charles Max bonjour, vous êtes enseignant au collège populaire Joseph Staline d'Aubervilliers et rédacteur en chef du magazine "Pendons les bourgeois". Vous êtes, si vous m'autorisez l'expression, un homme de gauche.

- Charles Max : oui on peut le dire, disons que...
- Pouv : précisons tout de même pour nos lecteurs dont les préoccupations quotidiennes sont souvent fort éloignées de ces querelles politicardes d'intellectuels improductifs. Être de gauche ça veut dire vouloir voler aux Français leurs biens et leurs économies gagnées à force de travail pour les donner à on ne sait qui, qui ne travaille pas, c'est bien ça?
- Charles Max : Hein?! Mais pas du tout je...
- Pouv : peu importe, ce n'est pas le sujet du jour. La grève donc. Nos concitoyens se demandent pourquoi des fonctionnaires ayant la garantie de l'emploi et plus de trois mois de vacances par an se paient le luxe de paralyser régulièrement le pays. Que pourriez-vous répondre à cette légitime indignation?
- Charles Max : ... Attendez ce n'est pas la question. Je...
- Pouv : mais si M. le gauchiste... pardon... M. Max, c'est la question! Les temps sont durs, la crise est là et la vie est compliquée pour nombre de nos concitoyens, et ils se demandent pourquoi une profession qui a de tels avantages est aussi celle qui fait le plus grève.
- Charles Max : attendez je crois qu'il faut rappeler certains faits. D'abord que la grève est un droit universel qui n'a pas à être contesté. Ensuite que le métier d'enseignant n'est pas tant que ça un métier "d'avantages". Ceux qui pensent ça n'ont qu'à passer une semaine dans les classes à essayer de faire cours pour s'en persuader. Enfin les inquiétudes des enseignants sont légitimes...
- Pouv : hahaha je serais bien curieux... enfin les Français seraient bien curieux de savoir pourquoi...
- Charles Max : mais parce que, cher monsieur le journaliste objectif, l'Education Nationale est en train d'être démontée pièce par pièce par le gouvernement actuel. Depuis maintenant quatre ans on supprime des postes à coups de 10000, 13000, 17000 par an! Vous vous rendez compte de la saignée? Et je ne parle pas du budget de l'EN passé de 64 à 56 milliards d'euros entre 2004 et 2007! Et la communication gouvernementale maquille cette destruction programmée en "réforme" du lycée, en attendant la "réforme" du collège...
- Pouv : aha! Donc vous avouez être un conservateur rétrograde opposé à toute réforme!
- Charles Max : mais pas du tout! Mais il y a réforme et réforme! Comment peut-on arriver à faire croire qu'on va faire mieux avec moins de financement et moins de personnel?
- Pouv : Mais en travaillant plus tout simplement! Comme tous les Français, M. le privilégié...
- Charles Max : attendez, un enseignant certifié a 18 heures de cours par semaine. Si vous ajoutez à ça la préparation des cours et les corrections de copies, plus les réunions diverses et les interminables heures de travail dès qu'on veut monter une sortie ou un voyage... on arrive à un volume horaire élevé. Je peux vous garantir que beaucoup d'enseignants seraient ravis de passer aux 35 heures ou même aux 39 ou aux 40... Ça leur allègerait la semaine.
- Pouv : vous allez nous faire pleurer... Mais alors dites moi vous qui êtes si malin : pourquoi être contre la réforme du coup?
- Charles Max : mais parce que cette soi-disant "réforme" ne sert qu'à maquiller une volonté d'économies qui va à terme détruire la qualité de l'Ecole française. La réalité c'est qu'avec les suppressions de postes les enseignants restant sont obligés de prendre toujours plus d'heures supplémentaires ce qui nuit à la qualité des cours auxquels on consacre moins de temps de préparation. Ou alors les établissements engagent des vacataires ou des contractuels, souvent bons et motivés, mais manquant d'expérience et dont le statut précaire s'apparente souvent à de l'exploitation éhontée. Et les élèves dans tout ça? La "réforme" du lycée va supprimer des heures d'enseignement en français, en maths, en histoire-géo. Ça c'est la réalité. On a même parlé d'histoire-géo optionnelle en terminale S. Et pour masquer cette baisse d'ambition et de qualité d'enseignement pour les jeunes on crée au lycée des enseignements "de découverte" à la carte dont le volume horaire sera extrêmement faible, les programmes vagues, l'enseignement non évalué, et qu'on confiera à des enseignants non-spécialistes et non-formés.
- Pouv : donc si on vous écoute le bateau est en train de couler. Vous êtes sûr que vous n'exagérez pas un peu?
- Charles Max : la vérité est là : moins de profs, moins de moyens financiers, moins de cours et de qualité pour les élèves. Le reste de la "réforme" - ces enseignements "de découverte" - ce sont des miettes sur lesquelles le gouvernement communique pour masquer la destruction de l'Ecole Publique. Or un pays qui n'investit plus sur l'éducation et la formation est un pays qui se condamne à la décadence. Entendons-nous bien, si demain le Public se casse la figure et que l'éducation est privatisée (projet tout à fait envisageable de la part d'un gouvernement libéral) la France aura encore les moyens de former les chercheurs, ingénieurs, cadres et techniciens qui feront tourner son économie. Mais il faudra payer beaucoup plus cher pour ça, ce qui réservera de fait les études à certaines catégories sociales. Ce n'est pas seulement l'Ecole qui est en jeu, c'est une certaine idée de la solidarité au sein de la République qui se joue, cette idée que la société est prête à financer une éducation de qualité pour tous, quelle que soit leur origine... et à leur donner ainsi une chance de prouver leur valeur, basée sur le seul mérite et pas sur la naissance. Ça coûte très cher, c'est sans doute utopique, mais ça me semble être une belle idée.
- Pouv : bon allez ça suffit vous nous avez assez embrouillés avec vos formules de gauchiste. Après la pause nous écouterons à 17 heures tapantes une parole un peu plus sensée. Je recevrai Christophe Barbier, rédacteur en chef de "l'Express", qui nous expliquera pourquoi ce mouvement des enseignants ne peut qu'échouer.
- Charles Max : salut fraternel camarade, et vive la Sociale!
- Pouv : Oh toi ta gueule!